Avec un scénario à 4 degrés, la France se prépare au chaos climatique

jeudi 15 juin 2023

Actuellement rien n’incite à l’optimisme en matière de lutte contre le réchauffement climatique, chaque jour ou presque apportant son lot de mauvaises nouvelles en tous points du globe.

Tandis que la fenêtre de tir pour maintenir le réchauffement en-dessous de 2 degrés se referme, on se prépare au scénario réaliste d’une augmentation des températures d’environ 3 degrés au niveau mondial d’ici la fin du siècle, soit 4 degrés en France, où le basculement sera plus marqué. « Espérer le meilleur, se préparer au pire » dit le dicton…

Or quand on mesure les bouleversements qu’un réchauffement de 1,7 degrés a déjà produit en France – sans compter toutes les surprises à venir, il y en aura ! – « préparer le pays à un réchauffement de 4 degrés d’ici la fin du siècle » n’est pas quelque chose que l’on devrait annoncer comme l’a fait le gouvernement, par la seule voix du ministre de la Transition écologique. Une telle information aurait largement mérité d’ouvrir tous les JT avec une parole présidentielle qui rappelle les grands enjeux et fixe le cap.

Car 4 degrés de réchauffement, ce ne sera pas 2 fois pire qu’aujourd’hui comme on pourrait le penser, mais peut-être 100 fois si l’on considère les boucles de rétroaction et les phénomènes d’emballement qu’un tel cataclysme – totalement inconnu à cette échelle de temps – provoquera. Beaucoup d’experts doutent même que l’on puisse s’adapter à un tel bouleversement.

Le pouvoir politique fait certes preuve de lucidité en énonçant cette hypothèse. Mais il manque le corollaire essentiel : une ambition puissante, illustrée par les actes, pour lutter contre le réchauffement climatique et l’effondrement du vivant qui sont nos deux plus grands défis.

Le ministre ne s’y est pas trompé en jugeant nécessaire de préciser : « Non pas que ça veuille signifier que nous renonçons à des ambitions climatiques. Nous devons agir comme si tout dépendait de nous, mais nous devons nous adapter en mesurant que tout ne dépend pas de nous ».

On entend fréquemment que l’empreinte de la France à l’échelle globale est minime et que les changements systémiques qu’il faudrait engager pour mettre le pays sur la bonne trajectoire seraient rejetés par la société tant ils supposent une remise en question profonde de nos modes de vie. Voilà pourquoi nous ne parvenons pas à sortir de cette écologie des petits pas.

On ne reviendra pas ici sur l’empreinte de la France à l’échelle mondiale, cet argument ne saurait justifier une absence d’ambition face au drame qui s’annonce. Quant à la capacité des gens à accepter l’inconnu, l’exemple du COVID prouve que des mesures inédites pour protéger la population peuvent être engagées. Les sondages placent justement le réchauffement climatique en tête des préoccupations des français, lesquels attendent des réponses fortes.

La France a donc les cartes en main pour se montrer à la hauteur de l’urgence, elle a d’ailleurs prouvé tout au long de son histoire sa capacité à innover et à entraîner d’autres nations. Ce qu’il lui manque cruellement à ce stade, ce sont des dirigeants à même d’imaginer un nouveau récit et de l’incarner.

Quand au président on le voit beaucoup ces temps-ci, comme dernièrement au salon VivaTech à Paris où il a affirmé son ambition de voir émerger des champions français de l’intelligence artificielle. On l’a en revanche beaucoup moins entendu – voir pas du tout – sur les 4 degrés…

Question de priorités.

Visuel principal : Warming stripes, Ed Hawkins.

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