Ces rêves qui nous rendent fous

vendredi 12 novembre 2021

Aujourd’hui s’achève la 26ème COP et sauf rebondissement hautement improbable, l’ère des mesures concrètes – à la hauteur de l’urgence climatique – ne semble toujours pas d’actualité. En effet, alors que les émissions de gaz à effet de serre doivent baisser drastiquement si nous voulons espérer contenir le réchauffement climatique en-dessous de 2 degrés d’ici la fin du siècle, celles-ci devraient au contraire continuer à croître dans les prochaines années et on ne perçoit toujours pas le fameux “nouveau paradigme” qu’on pourrait résumer par un changement d’échelle dans l’action. La sobriété, la fin actée des énergies fossiles, le développement massif des énergies renouvelables, l’aide effective aux pays pauvres en proie au réchauffement climatique – pour ne citer que quelques enjeux majeurs – ne sont toujours pas des réalités concrètes.

Bien au contraire, l’absence patente d’ambition, de courage, nous dirige droit vers le scénario (optimiste) d’un réchauffement de 2,7 degrés par rapport à l’ère préindustrielle. En d’autres termes, les humains sont projetés dans un avenir cataclysmique que les plus jeunes d’entre nous verront de leurs propres yeux avec, entre autres prévisions, des régions entières du globe densément peuplées amenées à devenir inhabitables.

Un post publié sur le compte LinkedIn du président de la république en pleine COP permet de mieux comprendre, au-delà de la difficulté à obtenir un consensus entre 195 pays, pourquoi les choses tardent tant à bouger.

On continue à rêver

« À l’échelle de notre planète, de la vie sur Terre, de notre Histoire, 50, 60, 70 ans, ce n’est rien. Et pourtant l’Homme a tant accompli ! Rien que dans le domaine spatial, l’Homme a rendu possible ce qui semblait impossible.

En seulement quelques dizaines d’années, il est allé dans l’espace, il a marché sur la Lune, il a créé les satellites, bâti une Station spatiale internationale, il a envoyé des robots sur Mars. Et il peut discuter avec Thomas Pesquet en direct depuis l’espace !

Les rêves les plus fous sont devenus réalités.

Mais lorsque l’on parle du spatial, on peut sembler loin des tracas du quotidien. C’est tout l’inverse : ce domaine occupe une place stratégique dans nos vies : il permet à nos communications de se tenir partout, à nos GPS de fonctionner très précisément, aux scientifiques de suivre les évolutions météos et climatiques, et tant d’autres révolutions.

Ce que l’on veut à horizon 2030, c’est faire émerger les futurs champions technologiques de demain et accompagner les transitions de nos secteurs d’excellence. C’est développer les services en aval de l’industrie spatiale. Ce que l’on veut, c’est faire travailler ensemble les grands acteurs, fleurons de l’industrie spatiale française et les acteurs émergents sur qui nous devons parier massivement. Ce que l’on veut, c’est continuer à innover à très court terme, avec l’objectif par exemple d’avoir d’ici 2025-2026 le premier mini-lanceur réutilisable. Et ne pas perdre de vue les très grands projets comme les grandes missions d’exploration.

Notre plus grand défi pour l’avenir, c’est de continuer à rendre possibles les projets impossibles, de pousser ceux qui permettront concrètement d’agir pour changer la donne climatique, pour protéger notre biodiversité, pour améliorer le quotidien des citoyens.

Avec le plan France 2030, c’est notre objectif : projeter notre pays dans un futur souhaitable, durable. Un futur bon pour chacun. Nous le ferons.

Continuons à investir. Avec Thomas Pesquet ce matin, je l’ai confirmé : nous allons investir un milliard et demi d’euros pour accélérer. Continuons à développer, à inventer, à innover.

Et surtout, continuons à rêver ! »

Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne ce message présidentiel m’a apaisé l’espace d’un instant. L’espace d’un instant, je me suis laissé bercer par ces illusions… L’illusion selon laquelle l’innovation technologique permettra de trouver des solutions aux crises écologiques sans que nous ayons à remettre en question nos modes de vie. Après tout, nous avons bien été capables d’aller sur la Lune, alors on finira certainement par mettre au point un aspirateur à CO2 et bien d’autres inventions ! On pourrait ainsi continuer à vivre selon nos habitudes, sans trop nous remettre en question… (Franchement, ça m’arrangerait). Voilà ce que laisse entendre le message présidentiel.

Les paroles de Laurence Tubiana, prononcées il y a quelques jours, résonnent dans ma tête : « Le “greenwashing” est aujourd’hui le nouveau déni climatique » nous dit-elle. Nous y voilà. En plein dedans. « En même temps », une philosophie qui s’écrase sur le mur de l’urgence écologique.

Réapprendre à rêver

Réapprenons plutôt à rêver ! Mais pas comme Elon Musk, Jeff Bezos et consorts, obnubilés par les vieilles lunes d’une conquête spatiale aux antipodes de l’urgence climatique. Comme le rappelle l’astrophysicien Louis d’Hendecourt dans une tribune au « Monde », il est « impossible de quitter la planète sans une débauche de moyens technologiques, mais à un coût environnemental désastreux à tous les niveaux (financements, ressources naturelles et… pollution). »

Quant à Mars, l’astrophysicien souligne que « terraformer » (cette planète) prendrait des millions d’années avec un résultat connu à l’avance : avec sa faible gravité, Mars est tout simplement incapable de retenir une atmosphère et personne, ni M. Musk ni le pape n’y pourra rien changer, Mars est désormais une planète morte (si ce mot a une signification pour une planète). Mais au-delà de cette banale réalité scientifique et en négligeant le problème éthique qui consisterait à ne sauver que quelques privilégiés, se pose avec force une interrogation vertigineuse et ô combien cruciale à laquelle Elon Musk n’accorde qu’une attention de façade : est-il possible de re-terraformer la Terre ? (…). Voilà un défi nettement plus intéressant que celui proposé par Elon Musk, Don Quichotte d’un nihilisme planétaire, adulé par l’ignorance et la crédulité d’une société en totale déconnexion avec la réalité scientifique. »

Alors rêvons oui, mais sur Terre, avec tous ceux qui veulent construire un nouveau modèle de société durable et plus équitable, dans lequel l’innovation se fait avec la nature et non contre elle. Un monde vivable, tout simplement.

À lire sur le même sujet : “Planète cherche philanthropes désespérément“.

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