Ces 3 entrepreneuses à impact pourraient bien changer le monde

mercredi 09 février 2022

Vous êtes éco-anxieux face à l’accumulation de nouvelles inquiétantes sur l’état de notre planète, vous n’êtes pas un(e) intime d’Elon Musk et n’avez donc aucun espoir de repli sur Mars en cas de grand effondrement ? Ne vous affolez pas, tout n’est pas foutu, loin de là ! Pour vous en convaincre nous avons sélectionné 3 entrepreneuses de la “Tech for Good” – la technologie au service du bien commun – qui ont mis au point des innovations révolutionnaires pour répondre à 3 enjeux écologiques majeurs : les emballages recyclables, l’alimentation bio en circuit court, enfin la captation, le stockage et la valorisation du CO2.

Bien sûr, ces innovations devront nécessairement accompagner un changement profond de nos modes de vie vers plus de résilience et de sobriété. Mais elles permettent néanmoins d’illustrer le fait que la Transition, souvent caricaturée à tort par le concept de décroissance, est aussi – voire peut-être surtout – source d’innovation et de progrès.

Rendre le plastique 100% recyclable – Nadia Auclair, Carbiolice

D’ici 2050 il devrait y avoir plus de plastique que de poissons dans les océans. Pour remédier à ce drame planétaire, 2 pistes s’imposent :

1. Réduire drastiquement l’usage des plastiques issus de l’industrie pétrolière, en ciblant d’abord les plastiques à usage unique. C’est le sens de la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire en vertu de laquelle les plastiques à usage unique seront interdits en France d’ici… 204O.

2. Développer de nouveaux emballages recyclables. À ce jour, entre 1 et 2% de la production mondiale de plastique est issue du végétal, là où les plastiques traditionnels sont issus du pétrole. La startup Carbiolice co-fondée en 2016 par Nadia Auclair (portrait de gauche) mise justement sur l’essor de ces nouveaux emballages. L’entrepreneuse, à la tête de Carbiolice jusqu’en juillet 2021, a voulu créer le plastique de demain partant du constat qu’il reste utile en dépit du désastre environnemental dont il est la cause. Pour ce faire, l’entreprise auvergnate a mis au point un additif unique au monde – protégé par une vingtaine de brevets – permettant de transformer le PLA – un plastique 100% végétal originaire de la biomasse (non “pétro-sourcé”) – en compost.

Car à ce jour le plastique végétal ne règle pas tous les problèmes : il faut en effet des conditions particulières pour qu’il puisse se dégrader, de sorte qu’il garde un impact écologique en fin de vie. Le procédé mis au point par Carbiolice lève désormais cette contrainte, puisqu’une fois ajouté dans le processus de fabrication de l’emballage végétal, l’additif permet à ce dernier d’être recyclable en moins de 200 jours. Concrètement, cela veut dire que le pot de yaourt peut-être mis au compost comme n’importe quel biodéchet. Certaines marques utilisent déjà le procédé, comme Les 2 Vaches de Danone dont le pot est en plastique végétal, ainsi que certains pots horticoles, des films de protection ou certains sacs pour fruits et légumes. Surcoût estimé par emballage : 1 centime d’euro. On imagine le marché monumental qui s’ouvre à Carbiolice !

Il faudra néanmoins être vigilant sur le bilan environnemental de cette solution et s’assurer de l’origine de la matière végétale. En effet celle-ci devra être fabriquée à partir de résidus de déchets végétaux et non de monocultures à grande échelle qui contribueraient à une perte de surface agricole pour l’alimentation humaine – amenée à croître dans un monde où l’on mangera moins de viande – voire pire, à une déforestation accélérée.

Révolutionner l’alimentation en circuit court – Alexia Rey, NeoFarm

Elle rêve d’implanter ses micro-fermes “agro-écologico-technologiques” aux portes des villes pour fournir en circuit court des légumes 100% bio.

À première vue, rien ne prédisposait Alexia Rey (portrait au centre) à se lancer dans cette aventure agricole. Diplômée en sciences politiques, la jeune femme a démarré sa vie professionnelle dans la tech et l’investissement social et solidaire. Passionnée par les enjeux de souveraineté alimentaire, elle intègre sur le tard une école d’agriculture et passe un diplôme de responsable d’exploitation. Sa conviction : l’agro-écologie associée à la technologie doit permettre de déployer un nouveau modèle agricole à la fois durable et compétitif.

Une ferme NeoFarm couvre une surface pouvant aller de 2 à 8 hectares, alternant zones sous serres où poussent en moyenne une vingtaine d’espèces de légumes et des espaces en plein champ pour produire la biomasse et créer des refuges de biodiversité, selon les principes de l’agro-écologie – un modèle d’agriculture sans intrants chimiques qui repose sur les services rendus par les écosystèmes naturels. La technologie consiste en une application d’aide à la gestion de l’activité associée à des robots qui assurent différentes tâches du type plantation, semis, entretien, désherbage et récolte.

Ces micro-fermes sont proposées clés en mains aux collectivités, aux agriculteurs qui souhaitent se diversifier vers le maraîchage et même aux entreprises. En fonction de la surface, la structure emploie entre 2 et 8 personnes à temps plein. L’investissement relativement important (1 million d’euros en moyenne) porte principalement sur les technologies qui permettent à ces fermes de gagner en productivité avec une pénibilité et un temps de travail réduits de 60%. Dans une filière – le maraîchage – très demandeuse en main d’oeuvre, l’innovation technologique offre ainsi des perspectives intéressantes pour concilier productivité et respect de l’environnement.

Au-delà du business model, Alexia Rey insiste sur l’intérêt de penser en termes d’écosystème pour ces aménagements où la biodiversité joue un rôle central : « Nous avons une surface importante sous serre où on maîtrise les aléas climatiques sur des périodes plus longues et c’est là que la technologie fonctionne le mieux, en revanche les zones extérieures sont fondamentales dans le modèle agro-écologique car elles permettent d’alterner avec d’autres cultures qui n’ont pas besoin d’être cultivées sous serre. Il y a aussi des zones de biodiversité comme des bassins, des marres, des bocages, des zones de production de biomasse et d’engrais organiques pour fonctionner au maximum en cycle fermé. Tout l’extérieur a une grande importance dans le modèle, on s’intéresse à la biodiversité globale à l’échelle du site. »

Lancée en 2018, Neofarm emploie aujourd’hui 20 personnes. La startup a reçu le soutien de plusieurs acteurs publics et privés notamment la BPI, la région Île-de-France, l’Ademe, ainsi que plusieurs business angels et le startup studio Technofounders. Les premières mises en service sont prévues en 2022, principalement en Île-de-France et dans la moitié nord de la France, avant d’essaimer dans le reste du territoire.

Capter et valoriser le CO2 – Pia Henrietta Moon, Carbo Culture

C’est en 2013, au cours d’un program de recherche dispensé par la NASA que Pia Henrietta Moon, co-fondatrice de Carbo Culture (portrait de droite), rencontre son futur associé Christopher Carsten. Le duo partage alors la même ambition de mettre au point une solution inspirée de la nature pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique. Leur entreprise se lance fin 2016 autour d’un procédé unique au monde combinant captation, stockage et valorisation du CO2.

Biochar que l’on pourrait traduire par “Bio-charbon” ressemble étrangement à une noix carbonisée. C’est ce granulé, composé de CO2 pur, que l’unité pilote de Carbo Culture située en Californie fabrique et commercialise comme un amendement pour le sol. La spécificité de ce charbon : il stocke le CO2 qu’il contient “au moins 1000 ans”. Une gageure quand on sait que dans le cycle naturel du carbone, l’ensemble de la biomasse – arbres, végétation et cultures – libère lorsqu’elle meurt une partie du CO2 qu’elle a stocké tout au long de sa vie.

Le processus de carbonisation rapide à 1000° s’effectue dans un réacteur, permettant d’éviter la décomposition et donc la perte de CO2. Le minerai obtenu stabilise le carbone et peut-être revalorisé comme un amendement pour les sols cultivés.

« Nous avons préféré nous inspirer de la photosynthèse et du cycle naturel du carbone plutôt que d’inventer des machines qui captent le CO2 dans l’atmosphère. On peut faire confiance aux méthodes éprouvées depuis des millions d’années par la nature : les plantes qui utilisent la photosynthèse pour convertir le CO2 atmosphérique en biomasse son nos alliées. Nous utilisons cette biomasse, c’est à dire les déchets végétaux, pour la convertir en Biochar dans un processus vertueux et circulaire (l’énergie produite sur place alimente le réacteur). »

Pionniers sur le retrait du carbone, avant même la compensation carbone

« Quand j’ai rencontré Chris en 2013, il n’y avait pas de prix pour le carbone et la tonne valait autour de 5 euros, personne ne s’y intéressait en tant que business model. Aujourd’hui, 10 ans plus tard, le marché du carbone se négocie autour de 50 euros la tonne. Les temps ont changé ! » constate Henrietta.

Carbo Culture a su convaincre des investisseurs – la startup a levé 6,2 millions de dollars en 2021 et compte désormais 20 personnes – grâce à son business model orienté principalement sur la vente de “carbon removal credits” (crédits pour l’enlèvement de carbone) permettant d’aller plus loin en retirant des émissions plutôt que de simplement éviter d’autres émissions comme le propose la compensation carbone.

Le risque de l’illusion de la compensation versus la réduction effective des émissions

Quand on l’interroge sur le risque de voir les grandes entreprises privilégier la compensation de leurs émissions plutôt que leur réduction effective – faisant référence à l’illusion selon laquelle les nouvelles technologies nous permettront de trouver des solutions sans remettre en question nos modes de vie – Henrietta estime que « cette conception va disparaître assez rapidement car on s’aperçoit qu’elle ne tient pas. Baisser les émissions est au contraire une question cruciale, cette réduction doit rester la priorité absolue » insiste l’entrepreneuse. « Si nous voulons atteindre les objectifs de l’Accord de Paris nous devons réduire drastiquement notre empreinte carbone. Il est d’ailleurs tellement plus facile de réduire les émissions que de les retirer de l’atmosphère ! » ajoute-t-elle.

Ainsi, pour Henrietta, les crédits carbone s’inscrivent dans un panel de solutions pour atteindre les objectifs de neutralité, au même titre que la reforestation et la sobriété : « D’ici 2030 ou 2050 les industries qui sont les plus difficiles à décarboner et qui émettront encore de faibles émissions devraient être les seules à pouvoir utiliser les technologies de retrait du carbone. Dans cette approche, la technologie de retrait du carbone pourrait nous permettre d’atteindre le tiers des objectifs de l’Accord de Paris. À condition de développer notre solution à grande échelle. Et d’avoir un peu de chance. »

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