Une plage à pleurer

jeudi 27 février 2020

La petite ville côtière de Tulum, située sur la péninsule du Yucatan au Mexique, est sans doute le parfait exemple d’un tourisme ayant su concilier développement économique et préservation du patrimoine naturel. L’exact opposé de sa voisine Cancun, cité de béton connue pour son fameux Spring Break, sorte de pèlerinage annuel d’étudiants en rut.

Tulum, l’une des dernières cités maya célèbre pour ses ruines, sa nature luxuriante et sa plage idyllique à l’eau cristalline — régulièrement citée parmi les plus belles plages du monde — est plutôt devenue un « hot spot » hippie chic pour une clientèle aisée en quête de déconnection. D’ailleurs lorsqu’on arrive sur place, une série de panneaux ésotériques met d’emblée en condition…

J’avais lu notamment sur le Lonely Planet que des milliers de tortues venaient ici chaque année pour pondre et que des centaines d’espèces d’oiseaux de mer avaient trouvé refuge dans la toute proche réserve de Sian Ka’an, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco. Allez en route, nous allions clairement faire une halte à Tulum !

Angoissé, voire déprimé par les récits apocalyptiques — ou plutôt collapsologiques pour reprendre la formule à la mode — nous promettant une fin proche et inéluctable, j’avais besoin de me ressourcer en pleine nature, INTO THE WILD ! Et me convaincre par la même occasion qu’il y avait encore des raisons d’espérer…

Je n’allais pas être déçu.

Quoi de mieux que quelques nuits en camping sauvage en plein cœur de la réserve pour vivre cette expérience initiatique ? « D’accord, mais en glamping mon chéri » me précise Clara. Je découvre ainsi le glamping — contraction de glamour et camping — concept qui consiste à conserver le charme du camping avec quelques aménagements en matière de literie et sanitaires. Pas si mal, il faut le reconnaître. Et puis allez quoi, on n’a plus 20 ans.

Notre tente est plantée sous les cocotiers, à quelques pas de la plage sauvage qui borde la réserve. Le matin nous sommes réveillés aux aurores par le soleil qui se lève sur l’océan. Au loin, un groupe de frégates et de pélicans bruns plonge en piqué dans les vagues pour attraper les poissons qui abondent dans ces eaux protégées.

Aucune activité humaine à des kilomètres à la ronde, seule la nature. C’est d’une beauté à couper le souffle. Bien que la vie sauvage soit ici foisonnante, on savoure une forme de quiétude absolument exquise. Et la première chose qui frappe, c’est à quel point il devient rare d’éprouver cette sensation.

Tandis que le soleil monte dans le ciel, j’étends ma serviette sous un cocotier et je fais l’étoile mer, lissant le sable fin avec mes bras. Comme quand j’étais gamin, je prends plaisir à observer chaque détail des petits coquillages qui restent emprisonnés entre mes doigts. C’est marrant, ils ont une drôle de forme ces coquillages…

MON DIEU… DU PLASTIQUE !!!

Je n’y crois pas.

Nous sommes en plein cœur d’une réserve ultra-protégée avec un règlement strict pour les visiteurs, lesquels doivent même s’acquitter d’un droit d’entrée. Ces déchets ne sont donc pas arrivés par la terre, mais bien par la mer. Et probablement de très loin.

Je me livre à une expérience : je vais ramasser tous les déchets plastique plus gros qu’un ongle à portée immédiate de mon bras gauche, sur un rayon d’environ 60 cm à gauche de ma serviette. Autrement dit, une surface microscopique à l’échelle d’une plage ! Je vous laisse admirer ma récolte…

C’est effarant. On identifie très vite les déchets récurrents : coton tiges, bâtons de sucettes, bouchons et cerclages de bouteilles en plastique, bouchons de tubes de dentifrice, débris de contenants en plastique, etc… la liste n’est malheureusement pas exhaustive.

Alors pourquoi écrire cet article ? Pour partager ma colère, ma tristesse, mon désarroi, en espérant que cela puisse inciter certains à changer ou à bouger, comme ce fut le cas pour moi. Car hors de question de rester là sans rien faire. Cette expérience a créé un déclic et m’a décidé à être un acteur du changement, à mon humble niveau.

Cela a commencé par un « Trash Challenge » à ma portée, rien de très compliqué : j’ai marché 500 mètres le long de la route à la sortie de mon village. Équipé de 2 sacs de 50 litres j’ai ramassé les ordures jetées par les automobilistes sur le bord de la chaussée. Et j’ai retrouvé des déchets familiers dont certains auraient pu finir leur vie sur la plage de Tulum : bouteilles en plastique, canettes, capsules, sacs divers, grille de barbecue, emballages de snack et paquets de cigarette, brosse à dents, etc.

Le plastique des océans commence souvent son voyage au bord des routes.

J’avoue avoir éprouvé de la haine envers ceux qui prennent ainsi la nature pour une poubelle. Une journée de ramassage en bord de route comme travaux d’intérêt général ou leçon pédagogique leur ferait grand bien.

En attendant comme disait Gandhi, « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ! ».

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