Mais que foutent les écologistes ?

dimanche 11 octobre 2020

On annonçait une vague verte. Même si certains ont tenté de minimiser la victoire des écologistes aux dernières municipales, la vague a bien déferlé, sur les grandes villes essentiellement. Pour une raison simple : on y souffre plus qu’ailleurs de la Crise climatique. Pourtant, malgré ce contexte tristement favorable, les premières décisions et prises de position des écologistes interrogent sur leur capacité à incarner l’écologie.

Rappel des faits en terre lyonnaise

Depuis plusieurs été, Lyon affronte des canicules et des pics de pollution toujours plus intenses. Place Bellecour, place des Terreaux, place de la République, place des Jacobins… il suffit d’arpenter les carrefours piétons de la capitale des Gaules pour prendre la mesure du problème : la ville est minérale. Sans doute pour ne pas « gâcher » la vue sur ses remarquables édifices, on a fait le choix de ne pas y planter d’arbres. Ou si peu. Surtout des platanes. Et aussi des platanes. Et enfin quelques platanes. Résultat : sans ilots de fraîcheur la ville se transforme en fournaise l’été, à tel point qu’on conseillerait presque à quiconque souhaite traverser l’immense place Bellecour de faire une halte à l’ombre de la statue de Louis XIV plantée au milieu.

Quand-à la pollution le bilan est tout aussi alarmant avec 53% des écoles et des crèches lyonnaises en zone rouge. Le flot des millions d’automobilistes qui transitent chaque été par le goulot d’étranglement rhodanien pour rejoindre la côte d’azur aggravant ces épisodes dans une ville déjà historiquement congestionnée par le trafic routier.

Si on ne peut nier la complexité d’un enjeu climatique qui oblige à repenser la ville dans une ampleur comparable à celle du chantier haussmannien sous le Second Empire, force est de constater qu’à l’exception d’une piétonisation réussie des quais et du réseau vélo’v, Lyon tarde à réagir face à la menace climatique. Résultat : de l’aveu de nombreux lyonnais la ville est devenue invivable en été.

La place Bellecour à Lyon. Photo : Le Routard.

La cité des Lumières n’est qu’un exemple parmi d’autres grandes villes qui devant le mur climatique vont devoir repenser l’urbanisme en profondeur si elles souhaitent garder leurs habitants. Surtout lorsqu’on sait que d’ici la fin du siècle, le climat à Lyon devrait être comparable à celui de Tanger.

Dans ces conditions il n’est pas surprenant que les électeurs se soient tournés vers les écologistes qui ont vu s’ouvrir devant eux un véritable boulevard pour mettre en œuvre leurs projets les plus audacieux pour repenser la ville et qui sait, bientôt peut-être, le pays ?

Pour ceux qui en rêvaient sans trop oser y croire, l’espoir fut immense, à la mesure de ce moment historique. Malheureusement, on allait vite déchanter…

Gueule de bois

Comme beaucoup de citoyens plutôt enthousiasmés par ce vote plein de promesses, j’ai attendu non sans excitation les premières prises de paroles des nouveaux édiles « green ». Végétalisation, déploiement de l’agriculture urbaine et péri-urbaine, circuits courts, réduction et recyclage des déchets, mobilités douces, qualité de vie, urbanisme environnemental, soutient aux écosystèmes économiques innovants et résilients, mixité sociale, vie culturelle, éveil des plus jeunes à la nature… j’imaginais sans doute naïvement que les écolos allaient s’emparer de ces sujets dès leur prise de fonction, un peu comme un joueur de foot éternellement relégué au banc de touche à qui on aurait enfin passé le ballon.

Et en effet, ils se sont surpassés. Mais pas comme on l’aurait espéré…

Ville par ville, l’écologie a (déjà) sombré dans l’abîme des polémiques stériles dont les écologistes ont le secret. Méthodiquement, dans un enchaînement de boulettes dont la synchronisation ferait presque penser à un sabordage organisé, les nouvelles équipes ont offert un spectacle lamentable, un peu comme si une réunion au sommet s’était tenue avec pour mot d’ordre « comment faire échouer tout espoir de gouverner la France un jour ? ». En préférant Eva Joly à Nicolas Hulot pour représenter le mouvement en 2012 avec le résultat que l’on connaît (2,31% des voix), les Verts nous avaient habitué aux choix hasardeux. Mais là, il se sont surpassés.

À Paris, les féministes vampirisent le débat

« Les hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leur musique ». Alice Coffin, “écologiste”.

Aussitôt formée l’équipe municipale intégrant les écologistes issus des rangs de la victoire, la mairie de Paris s’est enfoncée dans une guerre intestine sur fond d’un féminisme belliqueux porté par l’hystérique Alice Coffin, élue verte auteure du livre polémique « Le génie lesbien ». À l’origine de la brouille la nomination d’un adjoint à la culture, Christophe Girard, réputé – autrefois – proche de  l’écrivain pédophile Gabriel Matzneff. Les parisiens n’oublieront pas de sitôt les propos outranciers, injurieux et surtout indignes tels que « Ne pas avoir un mari, ça m’expose à ne pas être violée, ne pas être tuée, ne pas être tabassée » ou les pancartes « Bienvenue à pédoland » brandies par les mêmes élues sur le parvis de l’hôtel de ville. Comment imaginer qu’une équipe prête à se déchirer dans un tel déchaînement de haine au lendemain de sa victoire puisse mener à bien le moindre chantier pour sa ville ? Au terme d’intenses tractations les élues rebelles ont finalement été confirmées dans leur fonction par une maire tenue par les accords passés. On se demande après coup si ces « ultras » n’ont pas utilisé l’écologie pour mener leur combat à Paris façon cheval de Troie.

Espérons que les préoccupations environnementales exprimées lors du scrutin reviendront rapidement sur le devant de la scène. En attendant tout le monde sort perdant de cette rentrée chaotique, à commencer par la cause féministe.

À Bordeaux, on s’attaque au sapin de Noël

Le 10 septembre, le maire écologiste de Bordeaux Pierre Hurmic annonce qu’il met fin à la tradition du sapin de Noël, expliquant qu’il n’y aurait pas d’arbres morts sur les places de Bordeaux à Noël. « Pas du tout notre conception de la végétalisation », explique-t-il. Sans grande surprise la nouvelle a provoqué un tollé, l’opposition accusant le nouveau maire de nier les traditions familiales au nom d’un dogmatisme sans fondement. On aurait voulu s’aliéner définitivement les réfractaires à l’écologie, on aurait difficilement trouvé plus efficace. Chapeau l’artiste !

Sacrifier une tradition de Noël au nom de l’écologie, voilà un argument servi sur un plateau pour tous ceux qui dénoncent la vision très française de l’écologie punitive. Les mesures prioritaires et certainement plus incitatives ne manquent pourtant pas. Mais non, Pierre Hurmic préfère s’atteler au sapin de Noël. Pire, justifier cette mesure par la lutte contre la déforestation prouve que sur l’écologie monsieur Hurmic a des lacunes. En effet les sapins de Noël proviennent principalement d’exploitations arboricoles françaises. Nos massifs forestiers pour leur part se portent plutôt bien en matière de surface.

À Lyon, on tir sur la caravane du Tour de France

À Lyon, féminisme et laïcité à géométrie variable ont prévalu sur l’écologie. Commentant le passage du Tour dans sa région, le nouveau maire écologiste Grégory Doucet a en effet qualifié l’épreuve de “machiste” et “polluante”, suscitant une très vive indignation, certainement renforcée dans un contexte sanitaire anxiogène dans lequel cet événement sportif mythique a pu apporter une distraction plutôt bienvenue. Christian Prudhomme, patron du Tour, l’a bien résumé en estimant que  “taper sur ce qui nous uni n’est pas une erreur, c’est une faute !”.

Cette sortie à l’emporte-pièce sur le Tour faisait suite à une autre polémique quelques jours plus tôt, lorsque le même Grégory Doucet refusait d’assister à la cérémonie catholique du vœu des Échevins – une tradition locale perpétuée depuis 1643 lorsque deux statues de la Vierge furent édifiées à l’initiative conjointe des échevins (magistrats dirigeants de la cité) et du cardinal-archevêque de Lyon pour protéger la ville contre l’épidémie de peste – par souci de laïcité, tout en assistant à la pose de la première pierre de la future mosquée de Gerland le lendemain. Succession de maladresses ou actes politiques délibérés, le résultat est le même : au lieu de faire de l’écologie leur priorité, les écologistes sèment la tempête.

Le polémiste Éric Zemmour s’empare volontiers du bâton que tendent les écologistes pour se faire battre.

Conséquence logique, un sentiment émerge : les écologistes seraient-ils les ennemis de l’écologie ?

Une chose est sûre : l’écologie ne mettra jamais tout le monde d’accord et on peut même parier qu’elle créera des frictions au sein de la société tant les changements à consentir sur nos modes de vie vont être importants si on veut sauver la planète et donc notre survie. Pour relever ce défi sans précédent il faut du courage, de l’inventivité mais surtout de la cohésion.

Alors si avant même de s’atteler à la tâche les décideurs attisent les divisions, le combat est perdu d’avance.

Photo principale : Nikolas Noonan

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