Les jeunes écolos sont-ils (tous) radicaux ?

dimanche 31 mai 2020

Tandis que l’écologie s’impose comme l’un des axes majeurs du « monde d’après », nous avons cherché les alternatives à la méthode Greta chez les jeunes. Rencontre avec Ferréol Delmas, fondateur du laboratoire d’idées Écologie Responsable.

Depuis que la jeune activiste suédoise a craqué l’allumette de la révolte chez les jeunes, elle polarise l’attention autour de son combat telle une Jeanne d’Arc de la planète. On oublierait presque que beaucoup de « jeunes » ne se retrouvent pas forcément dans cette écologie inspirée du karcher.

On comprend toutefois la tentation de certains de voir en cette adolescente singulière un personnage quasi-mythologique, tant le défi du climat paraît hors de portée pour nos cerveaux humains. En effet, depuis 30 ans, les rapports successifs du GIEC s’empilent et livrent leur constat implacable : les pires scénarios se confirment et empirent, sans que cela nous empêche vraiment de dormir.

Quand on est ado, difficile de garder ses nerfs lorsqu’on réalise qu’au rythme auquel s’enchaînent les bouleversements, on risque de finir comme des insectes pris dans un grille mouche. Des pavés ont volé pour moins que ça.

À moins de vivre dans la Trump Tower, on ne peut pas être complètement indifférent à cette colère qui, bien que clivante dans les solutions qu’elle amène, résulte d’une saine indignation.

Pour autant, beaucoup de jeunes tout aussi concernés s’engagent sans nécessairement chercher le clash.

#GretaBashing

Peut-être pour éviter les caricatures et les attaques sur la forme, certains se démarquent de ce que les détracteurs de Greta Thunberg appellent le « catastrophisme écologique ».

Ferréol Delmas en fait partie. À 22 ans, il préside le laboratoire d’idées Ecologie responsable. Étudiant en droit et en histoire à Panthéon-Assas (Paris-II) et Paris-Sorbonne (Paris-IV), il défend une vision de l’écologie plutôt ancrée à droite.

Pour employer une métaphore festive – propice en cette période de déconfinement quasi estivale – Greta est à l’écologie ce que la Tequila Paf est au cocktail, tandis que Ferréol serait plutôt un Monaco.

Au-delà de leur différence, ce qui frappe lorsqu’on écoute les deux responsables – l’une avec ses accès de colère l’autre tout en nuances – c’est que de si jeunes gens s’emparent d’un sujet aussi sérieux et trouvent un tel écho au sein de leur génération.

Pour Ferréol Delmas, « les jeunes à droite sont tous sensibles, même si nous sommes aujourd’hui dans un vrai trou d’air politique avec des responsables qui n’ont pas encore réalisé que l’écologie était une partie intégrante de la vie au 21ème siècle ».

À la tête de son think tank Écologie Responsable, l’étudiant dresse les contours d’un nouveau modèle de société « enracinée », en attendant que l’environnement s’impose enfin comme un sujet central au sein de sa famille politique.

Passer la croissance au filtre de l’écologie

« Au sein de la droite on est certes pour la croissance, mais il y a clairement une rupture générationnelle sur cette notion. Les jeunes veulent désormais une croissance passée au filtre de l’écologie et du progrès social. Cette rupture existe aussi à gauche, où la gauche soixante-huitarde n’a pas forcément conscience des problèmes d’environnement. Pour schématiser c’est un peu l’exemple de la gauche Montebourg qui veut revenir au productivisme.

Pourquoi Écologie Responsable ? 

Nous sommes de droite et de centre droit et nous ne le cachons pas. Mais les enjeux sont si importants que le rassemblement le plus large possible doit être effectué, nous avons donc cherché un nom qui puisse à la fois être facteur d’union sans être un « mot-valise » sans idées. Notre vision de l’écologie est, je pense, bien arrêtée : enracinée, centrée sur les territoires et l’innovation, rejetant les discours creux de « l’écologie paillettes » et d’une autre écologie qui déconstruit et qui n’est en réalité qu’une lutte des classes déguisée.

Êtes-vous d’accord avec l’idée d’urgence écologique ? 

D’une certaine manière oui. Il y a une urgence à changer nos modes de vie et paradigmes. Il y a urgence à revenir à plus de simplicité dans nos modes de production, de consommation… L’écologie, étymologiquement c’est le rapport entre l’Homme et son environnement donc chercher à améliorer ce cadre de vie, en modifiant certains éléments, est essentiel. Sans oublier que l’écologie sans l’Homme cela n’est plus de l’écologie.

L’urgence appelle souvent des mesures fortes, voire un bouleversement de l’ordre établi. C’est un peu le message de Greta Thunberg. Vous prônez les circuits courts. C’est bien, mais est-ce suffisant d’après vous ?  

Je suis également partisan de mesures fortes. Mais très sincèrement entre des discours convenus et la réalité il peut y avoir un grand fossé. Derrière les mots il y a des hommes et des femmes qui ont besoin de vivre, il est donc nécessaire d’accompagner nos concitoyens vers des changements en les aidant à franchir les marches et ne pas les enfoncer en les culpabilisant et en proposant une pseudo-révolution à laquelle elle-même ne croit pas.

Circuits courts et jardins  familiaux

Nous prônons effectivement le développement des circuits courts avec notamment l’instauration d’un chèque proximité à l’instar des chèques restaurants pour encourager l’achat de produits locaux sans intermédiaires dans un rayon de 50 km, ainsi que les projets alimentaires territoriaux (PAT) qui favorisent les synergies entre producteurs, transformateurs, distributeurs et collectivités sur un même territoire. Nous voulons également le retour des jardins familiaux qui garantissent une alimentation de qualité plus enracinée, ou encore la création d’une structure dédiée aux professions agricoles – véritables gisements d’emplois – au sein de Pole Emploi, ainsi que la création d’un label universel « Responsable Intégral » pour tous les produits manufacturés, synthétisant la qualité économique, sociale et environnementale de chaque produit… Ce sont là quelques-unes des 50 propositions de notre rapport « pour une alimentation saine et durable » envoyé en mars à la ministre Brune Poirson. Dans ce rapport  nous présentons un modèle qui concilie écologie, bien-être et économie.

Si vous aviez un message pour Greta Thunberg et plus largement pour les jeunes qui se retrouvent dans son combat, quel serait-il ?

Proposez des solutions viables ! Après ce message un brin provocateur, je ne peux que me réjouir que d’autres jeunes, même éloignés de mes convictions, s’intéressent à ces questions qui concernent chacun d’entre nous. Néanmoins, tout n’est pas à jeter dans ce que dit Greta Thunberg et souvent les solutions émergent après la prise de conscience.

Vous prônez l’enracinement. De quoi s’agit-il concrètement ?

L’enracinement est plus qu’un concept. On pourrait parler d’art de vivre. Il a été défini par la philosophe Simone Weil dans son ouvrage éponyme l’Enracinement. Elle explique qu’il s’agit du « premier besoin de l’âme humaine » : savoir d’où l’on vient, nos racines et notre héritage. Il s’agit donc d’une préoccupation éminemment écologique. C’est pourquoi nous avons créé un prix de « L’Enracinement-Simone Weil » décerné au Sénat à une personnalité intellectuelle promouvant cette vision. Le lauréat de 2020 était l’écrivain Denis Tillinac.

Qu’est-ce qui actuellement vous consterne ?

D’un côté, ceux qui se servent de l’écologie pour en faire un projet de lutte des classes et de l’autre, ceux qui nient l’existence évidente de bouleversements majeurs.

Qu’est-ce qui actuellement vous inspire ?

L’incroyable chantier de l’écologie politique qui peut porter des beaux fruits !

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