Arthur et le mini potager

mardi 12 mai 2020

Arthur Motté est un jeune de Belge de 18 ans dont l’histoire pourrait inspirer un film d’animation.

Tout se passe dans la banlieue de Bruxelles. Le jeune garçon a 7 ans lorsqu’il se lie d’amitié avec Alphonse, un voisin de 78 ans qui lui enseigne le piano. Après chaque leçon Arthur va aider le vieil homme à cultiver son potager. Ce dernier lui apprend à soigner les plantes, retirer les gourmands des tomates et reconnaître un légume mûr. « Ne pas se fier à la couleur des tomates… elles doivent surtout être molles » se remémore le jeune homme qui se découvre rapidement une véritable passion pour le jardinage.

Lorsque son professeur décède en 2016, Arthur n’imagine pas raccrocher les gants. Après une brillante année scolaire ses parents veulent justement l’encourager… lorsqu’ils lui demandent ce qui lui ferait plaisir, Arthur ne réfléchit pas longtemps : « un petit lopin de terre où je pourrai créer mon potager ! ».

15m2 de liberté

Sur une toute petite surface, Arthur a quartier libre. Il délimite sa parcelle avec une jolie clôture en châtaignier, puis prépare le sol « sans trop intervenir. La terre ici est argileuse, naturellement riche et lourde, elle garde bien l’humidité. Je l’ai un peu retournée car elle était dure au début, ensuite j’ai ajouté du compost et un peu de sable pour l’alléger. Maintenant, elle est parfaite » nous explique le jeune chef jardinier, qui garde en tête les précieux conseils de son maître. « Alphonse m’a appris qu’il fallait biner en surface pour éviter que la couche inférieure se dessèche. Il ne faut pas trop travailler la terre, juste les trois premiers centimètres. »

Une productivité exceptionnelle

Rapidement les cageots se remplissent et la production aussi variée qu’abondante atteste un véritable génie du jardinier pour l’association de cultures. Le tout sur une surface guère plus grande qu’une chambre d’étudiant !

« Je récolte énormément… un peu de tout, mais en petites quantités : tomates, aubergines, piments de différentes variétés, concombres, coloquintes, potirons, haricots, courgettes, céleri vert et blanc, céleri rave, fenouil. Et cette année j’expérimente les okras (gombo), les sikims (concombres de l’Himalaya), les cucuzzis (courgette sicilienne), les kiwanos (melon africain), les trombocinos (courge) et les cucamelons… »

Résultat : entre mai et septembre, la famille – ils sont 3 – n’achète quasiment plus de légumes et une partie de la production doit même être distribuée aux voisins.

Polyculture versus monoculture

Arthur reconnaît que si son potager produit bien plus qu’il ne consomme, l’entretien lui demande un peu de travail, entre la plantation, l’arrosage des jeunes plants et l’organisation de ce petit espace où chaque culture fonctionne en association avec ses voisines.

« Je plante d’abord les maïs pour qu’ils aient un peu d’avance et lorsqu’ils font environ 30 cm je plante les haricots qui poussent vite. Le maïs fait office de tuteur pour les haricots et ensuite je plante des potirons qui occupent le sol. On peut aussi combiner tomates et basilic avec une vigne qui garde l’humidité en créant de l’ombre…. »

Dans le potager d’Arthur on est à l’opposé des monocultures. « Je fais aussi cela pour l’écologie. Chez moi tout est bio. Je fais mon compost, j’échange des semences avec les graines que je récolte, l’arrosage se fait exclusivement avec la récupération des eaux de pluie, mais surtout j’associe mes cultures… Les associations de cultures, c’est la clé. La monoculture, ces grands champs à perte de vue, ça n’a aucun sens » estime le jeune cultivateur.

Lutte biologique

« Je m’appuie sur les associations de plantes et sur les auxiliaires du jardin pour lutter contre les indésirables. Par exemple les capucines, qui sont de très belles fleurs, attirent les pucerons contre lesquels elles sont immunisées.

Pour repousser la redoutable mouche de la carotte, je plante des oignons et des échalotes dont l’odeur agit comme un répulsif efficace. Les oignons ont eux aussi leur mouche, que la carotte garde à distance…

J’ai aussi construit un hôtel à insectes pour les chenilles, les papillons, coccinelles, chrysopes, et abeilles solitaires. Les pots en terre cuite retournés avec la paille à l’intérieur attirent les perce-oreilles, qui comme les coccinelles raffolent des pucerons.

C’est ça, le principe de la lutte biologique. Ça permet de n’utiliser aucun produit chimique. Et si jamais l’invasion est importante, je dilue de l’eau avec du savon noir, ça sent moins mauvais que la purée d’orties. Le savon noir ou le vinaigre dilués dans l’eau fonctionnent très bien. »

Peu d’arrosage

« Alphonse m’a appris à très peu arroser. Lorsque les plantes sont habituées à peu d’arrosage elles vont chercher l’eau plus profondément dans le sol. Ainsi elles surmontent mieux la sécheresse. Il existe aussi des systèmes ingénieux comme les oyas, créés à l’époque de l’Empire Romain. J’en utilise beaucoup pour les courgettes par exemple. Ça diffuse l’eau petit à petit : si le sol est sec l’oya diffuse, s’il a plu et que le sol est humide, il garde l’humidité. C’est un système auto-régulant très efficace. Ça permet de tenir en moyenne 1 semaine, quelques jours en période de canicule. »

Un chef d’œuvre de paysagisme

Le petit coin d’Arthur ressemble à une oasis de vie dans son jardin. Plus qu’un potager, c’est une véritable création paysagère, réfléchie, dessinée. L’association des légumes avec d’autres espèces végétales est à la fois productive et magnifique. Cela nous rappelle que la nature n’est jamais aussi belle et généreuse que lorsqu’on la laisse s’exprimer. Arthur l’a bien compris en s’inspirant des écosystèmes.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur Le Potager d’Arthur.

Crédit photos : Arthur Motté.

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1 Commentaire

  1. Talbourdet

    Juste “waouh”, toutes mes félicitations! C’est TRÈS BEAU, cela fait envie! C’est ce que j’aimerais faire, mais est-ce que j’y arriverai? Continuez ainsi! Vous êtes l’avenir, à tous points de vue.
    Jardinièrement vôtre 😉

    Réponse

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