5 vieux sages à (ré)écouter en 2022

mercredi 05 janvier 2022

Ils ont perçu, avant bien d’autres, les grands bouleversements environnementaux qui se profilaient déjà il y a 50 ans. Cette expérience a nourri leur pensée, si bien que lorsqu’on les écoute on se sent du « côté clair de la Force ». Pour commencer l’année 2022 en conscience et faire le plein d’inspiration, (ré)écoutez ces 5 grandes voix, jeunes padawans.

1. Edgar Morin – Philosophe (100 ans)

Précurseur de l’écologie dans les années 1970 avec un texte intitulé « L’an I de l’ère écologique », le philosophe prône une « écologisation » de la politique française.

Pour Edgar Morin, l’écologie politique ne doit pas se limiter à la défense des animaux ou uniquement aux conséquences du réchauffement climatique mais former un tout concernant l’avenir de l’individu, de la société et de l’espèce humaine : l’Homme a besoin de la Terre qui a besoin de l’Homme. Face au développement techno-scientifico-économique qui dégrade la biosphère et nous menace, il s’agit désormais de transformer nos vies et nos modes d’organisation. À lire : Ecologiser l’Homme, Lemieux éditeur, 2016.

2. David Attenborough – Reporter naturaliste (95 ans)

À 95 ans, l’illustre naturaliste britannique est célèbre dans le monde entier pour avoir été l’un des premiers reporters naturalistes à avoir su rendre la biologie accessible au grand public. Sa série Life on Earth, qui a démarré en 1979 sur la BBC, aurait été regardée par 500 millions de personnes dans une centaine de pays. En 1985, il a été anobli par la reine Elizabeth II. En 2015, le naturaliste se rend à la Maison Blanche où il raconte à Barack Obama son retour sur la Grande Barrière de corail, soixante ans après sa découverte du joyau australien, à l’occasion du tournage d’un nouveau documentaire diffusé en plusieurs épisodes, acclamé par les scientifiques et le grand public. Cette série est un nouveau plaidoyer pour la diversité et un cri d’alarme sur les conséquences du réchauffement climatique sur les merveilles de la nature.

“Ce qui est clair, pour ceux d’entre nous que préoccupent non seulement le changement climatique mais l’érosion de la biodiversité, c’est que nous disposons d’un bien meilleur moyen pour capter le carbone : le réensauvagement du globe prélèvra d’énormes quantités de CO2 dans l’air et le stockera dans les immensités sauvages en expansion. Si ce programme était appliqué en parallèle avec la réduction mondiale des émissions, cette solution fondée sur la nature nous permettrait de gagner sur tous les plans, puisqu’elle combinerait le stockage du carbone et le gain en biodiversité.” (extrait de Une vie sur cette planète, Flammarion, 2021.)

3. Pierre Rabhi – Philosophe paysan (mort le 4 décembre 2021 à 83 ans)

Impossible de ne pas citer le célèbre « philosophe paysan » comme aimait se définir Pierre Rabhi. Figure de l’agroécologie, il fut l’auteur de nombreux ouvrages notamment Vers la sobriété heureuse, vendu à plus de 460 000 exemplaires. Pionnier de l’agroécologie, il s’était installé dans une ferme située en Ardèche où il s’est attaché à régénérer le milieu naturel en excluant pesticides et engrais chimiques. Une méthode appliquée dès les années 1980 en Afrique subsaharienne, où il effectuera de nombreux séjours. Le moine bouddhiste Matthieu Ricard voyait en lui un « frère de conscience ».

Pour son ami Cyril Dion, « il est l’un des premiers à avoir défendu que nous ne pouvions nous contenter de petits ajustements face à la crise écologique, qu’il fallait changer de paradigme. Faire passer la vie avant le profit. Et il a tout fait pour mettre cet idéal en acte dans son existence ».

4. Francis Hallé – Botaniste (83 ans)

Scientifique de renommée internationale, Francis Hallé est spécialiste des arbres et des forêts tropicales. En 60 ans d’observation, il a été témoin de la disparition des forêts sauvages partout dans le monde. Il plaide pour faire renaître une forêt primaire en Europe de l’Ouest et plus largement pour une approche moins interventionniste vis-à-vis des forêts. 

En Europe il ne reste plus qu’une forêt primaire, à Białowieża, en Pologne. Son existence est menacée, notamment par l’exploitation forestière.

Avec l’association qu’il a créée en 2019, Francis Hallé a réalisé un premier voyage d’étude dans les Vosges du Nord. Deux ans après le début de l’aventure, ce qui était perçu comme une utopie devient un véritable projet de territoire.

« Je rêve que l’expérience réussisse et qu’au-delà elle soit copiée. Car on s’apercevra rapidement qu’il est plus intéressant d’avoir une forêt dans laquelle on laisse la nature travailler. » Francis Hallé

Une forêt primaire est une forêt qui n’a été ni exploitée ni défrichée. À partir d’une forêt secondaire existante, une forêt retrouve son état primaire au bout de plusieurs siècles. Dans une forêt primaire, la biodiversité est à son maximum. Captation et stockage du CO2, régulation du climat, reconstitution des ressources hydriques… ses fonctions sont multiples.

Au-delà des bénéfices écologiques, Francis Hallé est l’un des rares scientifiques à mettre en avant la dimension esthétique d’une nature préservée.

5. Gilles Clément – Jardinier (78 ans)

Chantre du « Jardin en Mouvement » ce jardinier engagé, écrivain, enseignant à l’École Nationale Supérieure du Paysage à Versailles, est à l’origine de nombreux jardins remarquables (Parc André Citroën, Musée du Quai Branly, Domaine du Rayol, jardin planétaire à la Villette).  « Le jardin ne s’enseigne pas » nous dit Gilles Clément, « il est l’enseignant ». Avec l’avènement des enjeux écologiques, le jardinier est devenu, selon lui, responsable du vivant. « Le jardin est devenu le seul et unique territoire de rencontre de l’homme avec la nature où le rêve est autorisé ».

Gilles Clément, c’est un concentré d’inspiration pétri de bon sens paysan : « Les mots ont énormément d’importance. Je suis choqué qu’on emploie “environnement”. Il faut virer ce mot ! Je propose : milieu ambiant. Le vivant, l’habitat, l’écosystème, ça fonctionne. “Environnement”, ça veut dire qu’on est en dehors, qu’on s’extrait. Comme si on ne faisait pas partie de la vie, de la nature… »

Partager :

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

articles similaires

Mange, médite, aime

Mange, médite, aime

C’est l’été, on a tous besoin de repos. Alors dans cet article c’est promis, nous allons aborder l’écologie en mode zen. Une gageure dans cet été de tous les records… « Je...

Recevez le meilleur
de votre magazine
Le Terrien

ut Donec elit. consequat. accumsan elementum

Recevez le meilleur de votre magazine

Inscription réussie !